Tous les articles  ·  01 septembre 2026

Amortir votre fonds de commerce jusqu'en 2029 : le levier fiscal du repreneur de TPE

Amortir votre fonds de commerce jusqu'en 2029 : le levier fiscal du repreneur de TPE

Reprendre une TPE, c'est presque toujours financer un fonds de commerce à crédit pendant plusieurs années. Or l'article 39, 1-2° du CGI interdit en principe de déduire l'amortissement de ce fonds : la charge existe en comptabilité, mais elle ne réduit pas l'impôt. La dérogation ouverte en 2022 devait s'éteindre le 31 décembre 2025. L'article 13 de la loi de finances pour 2026 la proroge jusqu'au 31 décembre 2029, et l'actualité BOFiP du 5 août 2026 vient de le confirmer. Voici comment activer cette déduction, encore largement ignorée, qui pèse directement sur votre capacité à rembourser le prêt d'acquisition.

Chiffres clés

31/12/2029
Nouvelle échéance
10 ans
Amortissement forfaitaire
207
Compte PCG

Le principe : pourquoi le fonds commercial n'est en théorie pas amortissable

Quand vous reprenez une TPE, la plus grosse ligne de votre bilan d'ouverture est presque toujours le fonds commercial : clientèle, achalandage, enseigne, nom commercial, droit au bail. Il est inscrit à l'actif au compte 207 du plan comptable général, pour le prix payé au cédant.

La règle comptable part d'une présomption simple : un fonds commercial acquis est présumé avoir une durée d'utilisation illimitée. Une clientèle ne s'use pas comme une machine-outil ; rien ne permet a priori d'affirmer qu'elle aura disparu dans huit ou dans douze ans. Conséquence directe : un actif dont la durée d'utilisation n'est pas limitée n'est pas amortissable, il fait seulement l'objet d'un test de dépréciation. Cette présomption n'est toutefois pas définitive. Si l'entreprise démontre que le fonds a bien une durée d'utilisation limitée — un contrat de concession à échéance, une autorisation d'exploiter non renouvelable, une activité adossée à un site voué à fermer — l'amortissement redevient possible, sur la durée réellement retenue.

La règle fiscale ajoute une seconde couche, indépendante de la première. L'article 39, 1-2° du CGI interdit en principe la déduction fiscale de l'amortissement du fonds commercial. Autrement dit, même lorsque la dotation est comptabilisée à bon droit, elle doit être réintégrée de manière extra-comptable pour déterminer le résultat imposable. La charge apparaît au compte de résultat, elle dégrade le résultat comptable affiché à la banque, et elle ne fait économiser aucun impôt.

C'est exactement ce verrou que la dérogation temporaire lève. Garder à l'esprit qu'il s'agit d'une exception à un principe d'interdiction change la façon de la manier : elle est d'interprétation stricte, bornée dans le temps, et assortie de conditions qu'il faut respecter à la lettre.

Ce que la loi de finances 2026 vient de proroger

L'origine du dispositif. L'article 23 de la loi de finances pour 2022 a instauré, à titre temporaire, une exception au principe de non-déductibilité. L'objectif affiché était de soutenir la reprise d'activité en allégeant la charge fiscale des repreneurs pendant les années de remboursement de leur financement. La mesure devait s'éteindre pour les fonds acquis après le 31 décembre 2025 : beaucoup de professionnels la considèrent aujourd'hui encore comme close.

Ce qui change. L'article 13 de la loi de finances pour 2026 proroge la dérogation. Elle vise désormais les fonds commerciaux acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029, au lieu du 31 décembre 2025. L'actualité BOFiP du 5 août 2026 est venue confirmer le dispositif et sa nouvelle borne temporelle.

La conséquence pratique tient en une phrase : les dotations aux amortissements du fonds deviennent fiscalement déductibles. Plus de réintégration extra-comptable, plus d'écart entre résultat comptable et résultat fiscal sur cette ligne. Ce qui n'était qu'une écriture sans effet fiscal devient une charge qui réduit réellement la base imposable.

Les entreprises concernées sont les suivantes :

Quatre exercices d'acquisition supplémentaires, ce n'est pas un détail de calendrier. Un repreneur qui hésitait entre signer dans l'urgence avant la fin 2025 ou prendre le temps de négocier travaillait jusqu'ici avec une échéance couperet. Elle est repoussée à la fin 2029. Vous pouvez désormais caler votre date de signature sur la réalité de l'audit d'acquisition, du montage bancaire et de la négociation du prix, plutôt que sur un compte à rebours fiscal.

Qui peut amortir : petites entreprises et présomption de dix ans

La prorogation ne règle pas la question préalable, qui est comptable : votre fonds est-il amortissable ? Deux régimes coexistent, et ils n'ont pas du tout la même exigence de preuve.

Le cas général : démontrer une durée d'utilisation limitée. Il vous revient d'établir que l'exploitation du fonds a un terme prévisible. L'amortissement suit alors la durée réelle d'utilisation retenue, et non une durée de convenance. La démonstration doit être construite à la date d'entrée du fonds à l'actif : nature et échéance du contrat, caractère non renouvelable d'une autorisation, dépendance à un site unique ou à un donneur d'ordre unique. C'est un exercice technique, qui suppose un dossier étayé et daté.

Le cas des petites entreprises : l'amortissement forfaitaire sur dix ans. Les entreprises qui répondent à la définition de la petite entreprise au sens de l'article L.123-16 du code de commerce peuvent amortir leur fonds commercial sur dix ans, sans avoir à démontrer quoi que ce soit. La durée est présumée. La simplification est considérable : aucun dossier de justification, aucune discussion sur le rythme d'amortissement, un plan linéaire lisible dès la première clôture.

C'est ce second régime qui concerne la majorité des repreneurs de TPE. Les seuils qui définissent la petite entreprise — total de bilan, chiffre d'affaires, effectif — ne sont pas repris ici : ils relèvent de textes réglementaires susceptibles d'évoluer et s'apprécient au regard de votre situation propre. Faites vérifier votre éligibilité par votre expert-comptable avant d'arrêter votre plan d'amortissement, idéalement dès le business plan de reprise et non au moment de la liasse fiscale.

Dans les deux cas, le fonds demeure inscrit au compte 207 et la déduction passe par une dotation régulièrement comptabilisée à chaque exercice.

L'amortissement du fonds commercial reste déductible pour les acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2029.
L'amortissement du fonds commercial reste déductible pour les acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2029.

Le piège des acquisitions entre parties liées

La dérogation comporte une limite, et elle est sévère. Depuis le 18 juillet 2022, sont exclus du dispositif les fonds commerciaux acquis auprès d'une entreprise liée ou d'une entité contrôlée par la même personne que l'entreprise acquéreuse. Sont visées les opérations intragroupe et, plus largement, les situations de dépendance entre cédant et cessionnaire.

Le montage que l'administration a voulu bloquer se décrit en trois lignes. Un exploitant détient et exploite son fonds depuis quinze ans, sans base amortissable puisqu'il ne l'a jamais acquis à sa valeur actuelle. Il crée une nouvelle société qu'il contrôle, lui vend son propre fonds au prix du marché, et fait ainsi apparaître à l'actif un actif de plusieurs centaines de milliers d'euros à amortir sur dix ans. Aucune reprise réelle n'a eu lieu : pas de changement d'exploitant, pas de risque nouveau, pas de transmission. La déduction fiscale serait financée par une simple circulation d'écritures entre deux structures d'un même patrimoine. C'est cette création artificielle de base amortissable que l'exclusion neutralise.

Le problème est que la mesure ne frappe pas seulement les montages agressifs. Elle atteint aussi des opérations parfaitement légitimes :

Dans ces configurations, l'amortissement peut être comptabilisé, mais il n'est pas déductible. Vérifiez la qualité du cédant et la structure de détention avant de bâtir votre plan de financement sur l'économie d'impôt attendue.

Votre projet de reprise est-il éligible à l'amortissement du fonds ?

Faire vérifier mon montage

Simulation : reprise d'un fonds de commerce à 300 000 €

Prenons le cas le plus fréquent. Une société reprend un fonds de commerce de TPE pour 300 000 €, financés par un prêt bancaire. L'entreprise relève de la catégorie des petites entreprises et retient l'amortissement forfaitaire linéaire sur dix ans. La dotation annuelle s'établit à 300 000 € divisés par 10, soit 30 000 € par exercice.

ExerciceDotation aux amortissementsRésultat imposable réduit d'autantCumul
Exercice 130 000 €- 30 000 €30 000 €
Exercice 230 000 €- 30 000 €60 000 €
Exercice 530 000 €- 30 000 €150 000 €
Exercice 830 000 €- 30 000 €240 000 €
Exercice 1030 000 €- 30 000 €300 000 €
Total sur 10 exercices300 000 €- 300 000 €300 000 €

Ce tableau ne comporte volontairement aucune économie d'impôt exprimée en euros. La raison est simple : le gain dépend de votre situation propre — niveau de résultat imposable de l'exercice, régime d'imposition de la structure, et pour les sociétés à l'impôt sur les sociétés, éligibilité ou non au taux réduit applicable aux PME sous conditions. Une même dotation de 30 000 € ne produit pas le même effet chez deux repreneurs. Ce qui est certain, en revanche, c'est que la base imposable est réduite de 30 000 € à chaque exercice, et de 300 000 € au total sur la durée du plan.

L'effet de trésorerie est le vrai sujet. La dotation aux amortissements est une charge non décaissée : aucun euro ne quitte le compte bancaire, mais le résultat imposable baisse d'autant. Or le repreneur rembourse chaque année un capital d'emprunt qui, lui, sort bel et bien de la trésorerie sans être déductible. L'amortissement du fonds vient précisément compenser ce décalage, en réduisant l'impôt assis sur des sommes qui servent à rembourser la dette d'acquisition. Sur un prêt de reprise classique, cela représente plusieurs milliers d'euros de trésorerie conservés chaque année et une capacité de remboursement mécaniquement améliorée. Le résultat exact dépend de votre situation et doit être chiffré au cas par cas.

Cas concret EEF

Sofiane a repris en mars 2026 le fonds de commerce d'un salon de toilettage canin, via une SARL soumise à l'impôt sur les sociétés créée pour l'opération. Prix du fonds : 240 000 €, financés par un prêt bancaire sur sept ans. Son expert-comptable avait prévu de comptabiliser la dotation puis de la réintégrer de manière extra-comptable, convaincu que le dispositif s'était refermé sur les acquisitions du 31 décembre 2025. Lors du diagnostic EEF, nous avons relevé la prorogation issue de l'article 13 de la loi de finances pour 2026, confirmée par l'actualité BOFiP du 5 août 2026, puis vérifié deux points : la date d'acquisition, comprise dans la fenêtre du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2029, et l'absence de tout lien entre Sofiane et le cédant. Correction apportée avant la première clôture : amortissement forfaitaire sur dix ans, soit 24 000 € de dotation déductible par exercice et 240 000 € de résultat imposable en moins sur la durée du plan.

Sécuriser la déduction en cas de contrôle

La déduction est dérogatoire, temporaire et récente : elle constitue un point d'attention naturel lors d'un contrôle. Six réflexes suffisent à la rendre solide, et ils se prennent tous au moment de la reprise.

Ces vérifications prennent une heure au moment de la reprise. Elles évitent une rectification portant, le jour venu, sur l'ensemble des exercices d'amortissement déjà déduits.

Questions fréquentes

Mon fonds a été acquis en 2021 : puis-je encore l'amortir ?

Pas au titre de cette dérogation. Le dispositif vise les fonds commerciaux acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029. Une acquisition antérieure reste soumise au principe posé par l'article 39, 1-2° du CGI : l'amortissement peut être comptabilisé si une durée d'utilisation limitée est démontrée, mais la dotation doit être réintégrée de manière extra-comptable et ne réduit donc pas le résultat imposable. La date à retenir est celle de l'acquisition du fonds, et non celle de l'exercice au cours duquel vous décidez de commencer à l'amortir.

Le dispositif concerne-t-il les entreprises individuelles ?

Oui. Sont visées les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, les entreprises individuelles à l'impôt sur le revenu relevant des BIC et imposées au réel, ainsi que les activités artisanales assimilées. En revanche, un exploitant au régime micro n'en tirera rien : son bénéfice est déterminé par application d'un abattement forfaitaire, sans déduction des charges réelles ni des amortissements. Si vous reprenez un fonds d'un montant significatif en entreprise individuelle, l'arbitrage entre micro et réel mérite d'être posé avec votre conseil avant la signature de l'acte.

Que devient l'avantage si je revends le fonds avant dix ans ?

Les amortissements pratiqués réduisent la valeur nette comptable du fonds. Mécaniquement, à prix de cession identique, la plus-value dégagée lors de la revente sera plus élevée que si aucun amortissement n'avait été déduit. L'avantage relève donc largement d'un décalage dans le temps plutôt que d'une exonération définitive. Ce décalage reste précieux, puisqu'il place la déduction pendant les années de remboursement du prêt et l'imposition au moment de la sortie, généralement accompagnée d'un encaissement. Le régime applicable à cette plus-value dépend de votre structure : faites-le chiffrer avant d'envisager une cession.

Faut-il ventiler le prix d'acquisition dans l'acte de cession ?

C'est vivement recommandé. La base amortissable est celle du seul fonds commercial inscrit au compte 207, à l'exclusion du matériel, des stocks et des éléments incorporels qui suivent leur propre régime. Un acte se contentant d'un prix global expose à une remise en cause de la répartition retenue en comptabilité, donc du montant de la dotation déduite chaque année. Faites établir la ventilation par votre conseil au moment de la négociation plutôt qu'a posteriori : elle est bien plus facile à défendre lorsqu'elle résulte de l'accord des parties.

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