Tous les articles  ·  20 août 2026

Flat tax à 31,4 % : refaites votre arbitrage salaire / dividendes avant décembre

Flat tax à 31,4 % : refaites votre arbitrage salaire / dividendes avant décembre

Le prélèvement forfaitaire unique est passé de 30 % à 31,4 % le 1er janvier 2026, sous l'effet de la hausse de la CSG sur les revenus de placement, de 17,2 % à 18,6 %. Un point quatre paraît anecdotique : sur 120 000 € de dividendes, cela fait pourtant 1 680 € de plus, et tout arbitrage salaire / dividendes calé sur les chiffres de 2025 travaille désormais sur des données périmées. Cet article refait le calcul tranche par tranche, situe précisément la frontière entre PFU et barème progressif, et rappelle l'échéance de décembre que beaucoup de dirigeants découvriront trop tard.

Chiffres clés

31,4 %
Nouveau PFU
+1,4 pt
Hausse 2026
250 000 €
Seuil CDHR

Ce qui a changé exactement au 1er janvier 2026

Le prélèvement forfaitaire unique n'est pas un taux, c'est une addition. Depuis le 1er janvier 2026, il se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux : 12,8 + 18,6 = 31,4 %. En 2025, la même addition donnait 12,8 + 17,2 = 30 %. La part fiscale n'a pas bougé d'un centime. C'est la CSG sur les revenus du patrimoine et de placement qui est passée de 17,2 % à 18,6 %, soit 1,4 point supplémentaire.

L'écart se mesure en une ligne. Sur 10 000 € de dividendes bruts, le PFU prélevait 3 000 € en 2025 et vous laissait 7 000 € nets. En 2026, il prélève 3 140 € et vous laisse 6 860 €. La différence est de 140 €, soit exactement 1,4 % du brut. Rapportée à une distribution de 100 000 €, elle atteint 1 400 € ; à 280 000 €, 3 920 €.

Tous les revenus ne sont pas concernés. Entrent dans le champ des 31,4 % :

Restent au taux de 17,2 % de prélèvements sociaux : les revenus fonciers, les plus-values immobilières, l'assurance-vie, le PEL et le CEL. Un dirigeant qui perçoit à la fois des dividendes et des loyers verra donc apparaître deux taux différents sur une même déclaration. Ce n'est pas une erreur de l'administration : c'est le périmètre exact de la mesure.

Une précision qui compte pour ceux qui préparent une cession. Les plus-values de cession de valeurs mobilières subissent exactement la même hausse. Un dirigeant qui cède ses titres en 2026 supporte 31,4 % là où il aurait supporté 30 % en 2025 : sur une plus-value d'un million d'euros, cela représente 14 000 € de plus. À ce niveau de revenu, une seconde contribution entre en scène, et nous y revenons en section 4.

PFU ou barème progressif : le nouveau point de bascule

Le PFU n'est pas obligatoire : vous pouvez lui préférer, sur option, l'imposition au barème progressif. Trois règles commandent le calcul.

Premièrement, l'abattement de 40 %. Au barème, seuls 60 % du dividende brut entrent dans le revenu imposable. Sur 10 000 € bruts, la base soumise au barème est donc de 6 000 €.

Deuxièmement, les prélèvements sociaux restent dus sur le brut. L'abattement est purement fiscal : les 18,6 % s'appliquent bien aux 10 000 €, soit 1 860 €, quelle que soit l'option retenue.

Troisièmement, la CSG est déductible à hauteur de 6,8 % du montant brut, imputable sur le revenu imposable de l'année suivante, soit 680 € pour 10 000 € bruts, dont l'économie réelle vaut 680 € multipliés par votre taux marginal — sous réserve des commentaires administratifs à paraître sur l'articulation de cette fraction déductible avec le nouveau taux de CSG.

Le calcul se pose alors ainsi, pour 10 000 € bruts : 1 860 € de prélèvements sociaux dans tous les cas, plus votre TMI appliqué à 6 000 €.

Le point de bascule se déduit directement de ces chiffres. Le barème devient plus coûteux que le PFU dès que 18,6 % + (TMI × 60 %) dépasse 31,4 %, c'est-à-dire dès que TMI × 0,6 dépasse 12,8 % : la frontière se situe à un TMI de 21,33 %. En intégrant la CSG déductible, l'équation devient 0,532 × TMI = 12,8 % et la frontière remonte à 24,06 %. Dans les deux cas, elle tombe dans l'espace qui sépare la tranche à 11 % de la tranche à 30 %. Traduction opérationnelle : le barème l'emporte jusqu'à 11 % de TMI inclus, le PFU à partir de 30 %.

Un point mérite une lecture attentive, parce qu'il est contre-intuitif. À fraction de CSG déductible inchangée, les 1,4 point frappent le brut de façon identique dans les deux options et s'annulent en grande partie dans la comparaison : la frontière bouge peu. Elle est toutefois susceptible de se déplacer selon l'articulation retenue entre la fraction déductible de CSG et le nouveau taux, sous réserve des commentaires administratifs à paraître. Ce que la hausse déplace nettement, en revanche, c'est l'arbitrage salaire / dividendes : le dividende coûte 1,4 point de plus, quelle que soit l'option retenue.

Le tableau d'arbitrage 2026 par tranche d'imposition

Le tableau reprend les calculs précédents pour 10 000 € de dividende brut et les met en regard du PFU, qui coûte 3 140 € quelle que soit votre tranche. Pour mémoire, le barème 2026 applicable aux revenus 2025 a été revalorisé de 0,9 % : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, 45 % au-delà.

TMICoût total au PFU (31,4 %)Coût total au barèmeOption la plus favorable
0 %3 140 €1 860 € (18,6 %)Barème, écart de 1 280 €
11 %3 140 €2 520 € (25,2 %)Barème, écart de 620 €
30 %3 140 €3 660 € (36,6 %)PFU, écart de 520 €
41 %3 140 €4 320 € (43,2 %)PFU, écart de 1 180 €
45 %3 140 €4 560 € (45,6 %)PFU, écart de 1 420 €

Trois précautions de lecture s'imposent avant d'utiliser ce tableau.

Retenez la lecture d'ensemble plutôt que les montants : en dessous de 30 % de TMI, l'option barème mérite d'être chiffrée ; à partir de 30 %, le PFU garde une avance qui se creuse avec la tranche.

Refaire l'arbitrage salaire / dividendes avant l'échéance de décembre 2026.
Refaire l'arbitrage salaire / dividendes avant l'échéance de décembre 2026.

La CDHR : le piège des 250 000 € et l'acompte de décembre

La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit un taux moyen d'imposition minimum de 20 %. Elle se déclenche à partir d'un revenu fiscal de référence de 250 000 € pour une personne seule et de 500 000 € pour un couple marié ou pacsé.

Pourquoi vise-t-elle en priorité les dirigeants ? Parce que le PFU produit précisément un taux d'impôt sur le revenu de 12,8 %. Un foyer dont les revenus sont majoritairement composés de dividendes ou de plus-values affiche donc mécaniquement un taux moyen très inférieur à 20 %, et la CDHR vient combler l'écart. Deux profils sont exposés : le dirigeant qui se verse de gros dividendes, et celui qui cède sa société.

Un ordre de grandeur. Une personne seule dont le revenu fiscal de référence s'établit à 400 000 €, intégralement composé de dividendes taxés au PFU, supporte 400 000 × 12,8 % = 51 200 € d'impôt sur le revenu. Le minimum visé par le dispositif est de 400 000 × 20 % = 80 000 €. L'écart théorique à combler ressort donc à 80 000 − 51 200 = 28 800 €, dont un acompte de 95 %, soit 27 360 €. Les 18,6 % de prélèvements sociaux ne changent rien à ce raisonnement : ils ne sont pas de l'impôt sur le revenu. Ce chiffrage reste un ordre de grandeur, le détail du calcul — notamment les mécanismes de lissage prévus à l'entrée du dispositif — relevant des textes d'application.

L'échéance est la partie la plus dangereuse. L'acompte de 95 % est exigible entre le 1er et le 15 décembre : quinze jours, une fois par an. Et il est calculé par le contribuable lui-même. Aucun avis ne vous parvient : vous estimez votre revenu fiscal de référence de l'année en cours, vous en déduisez la contribution, vous en versez 95 %. La conséquence est directe : décider une distribution en novembre n'est pas neutre, elle peut faire franchir le seuil de 250 000 € et créer, dans les jours qui suivent, une obligation de versement que rien n'annonçait.

Votre plan de distribution date-t-il d'avant la hausse du PFU ?

Refaire mon arbitrage avant décembre

Cas chiffré : 120 000 € à sortir d'une SASU

Un président de SASU dispose de 120 000 € à faire remonter de sa société vers son patrimoine personnel. Trois canaux s'offrent à lui. Nous chiffrons ce qui est chiffrable et nous disons ce qui ne l'est pas : un total complet mais inventé serait moins utile qu'un total partiel mais exact.

Scénario A - tout en rémunération. Le président de SASU relève du régime des assimilés salariés. Ses cotisations sont nettement plus lourdes que les prélèvements pesant sur un dividende, mais elles ouvrent des droits que le dividende n'ouvre pas : retraite du régime général, prévoyance, indemnités journalières. Second effet, souvent décisif : la rémunération et les charges sociales correspondantes sont déductibles du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés, ce que le dividende n'est pas. Nous ne chiffrons pas ce scénario, les taux de cotisations du régime assimilé salarié ne figurant pas dans nos sources vérifiées. Le sens, lui, est certain.

Scénario B - tout en dividendes. Ici, le calcul est exact. Sur 120 000 € de dividende brut au PFU : impôt sur le revenu 120 000 × 12,8 % = 15 360 € ; prélèvements sociaux 120 000 × 18,6 % = 22 320 € ; coût total 37 680 €, pour un net de 120 000 − 37 680 = 82 320 €. La même opération en 2025, au PFU de 30 %, coûtait 36 000 € et laissait 84 000 € : l'écart 2026 est de 1 680 €. Ne vous arrêtez pas à ce chiffre : le dividende est prélevé sur un bénéfice ayant déjà supporté l'impôt sur les sociétés et n'est pas déductible du résultat. Ce coût amont s'ajoute aux 37 680 € ; nous ne l'intégrons pas ici pour ne comparer que ce qui est comparable.

Scénario C - mixte. Une répartition de 60 000 € en rémunération et 60 000 € en dividendes coûte, sur le seul volet dividende, 60 000 × 31,4 % = 18 840 €, soit 41 160 € nets. Les 60 000 € de rémunération restent déductibles du résultat et ouvrent des droits. C'est aussi le scénario qui maintient le revenu fiscal de référence le plus bas, donc le plus éloigné du seuil de 250 000 €. Le point d'équilibre dépend du taux d'IS applicable, de votre TMI et de vos besoins de trésorerie : il se détermine sur pièces, jamais par une règle générale.

Cas concret EEF

Vincent, président d'une SASU de conseil en ingénierie, avait arrêté fin 2025 un plan de distribution de 280 000 € de réserves, budgété au PFU de 30 % : 84 000 € de prélèvements attendus, 196 000 € nets. Au taux 2026, la même distribution coûte 280 000 × 31,4 % = 87 920 € et ne laisse plus que 192 080 €, soit 3 920 € de moins que prévu. Le second point était plus lourd : célibataire, ce niveau de distribution portait son revenu fiscal de référence bien au-delà du seuil de 250 000 € de la CDHR, acompte de décembre compris. Diagnostic EEF : la distribution n'avait aucun caractère urgent. Arbitrage retenu : 140 000 € en 2026, 140 000 € en 2027, ce qui maintient le revenu fiscal de référence sous le seuil sur chacun des deux exercices. Les 3 920 € de surcoût liés au nouveau PFU restent dus, ils ne sont pas évitables. En revanche, et sous réserve de ses autres revenus, qui entrent eux aussi dans le revenu fiscal de référence, il se place hors du champ de la contribution, dont l'écart de taux moyen à combler représentait, à 280 000 € de revenus taxés au PFU, un ordre de grandeur de 20 160 € avant mécanismes de lissage.

Les cinq leviers qui restent efficaces en 2026

Aucun de ces leviers ne relève de l'acrobatie fiscale. Ce sont des décisions de calendrier et de structure, à prendre avant décembre.

1. Lisser les distributions sur plusieurs exercices. Le seuil de la CDHR — 250 000 € pour une personne seule, 500 000 € pour un couple marié ou pacsé — s'apprécie chaque année. Deux distributions de 200 000 € sur deux exercices ne produisent donc pas le même résultat qu'une distribution unique de 400 000 €. Encore faut-il décider en amont de l'assemblée d'approbation des comptes.

2. Arbitrer l'option barème quand le TMI est faible. À 0 % et à 11 % de TMI, le barème reste gagnant : 1 280 € et 620 € d'écart pour 10 000 € de dividende brut. Ce cas n'a rien de marginal — années de démarrage, dirigeants qui se versent peu, conjoint faiblement rémunéré. Rappel : l'option est globale et engage tous les revenus de capitaux mobiliers du foyer.

3. Privilégier la rémunération lorsqu'elle reste déductible à l'IS. Le dividende n'est pas déductible du résultat imposable ; la rémunération l'est. À enveloppe identique, ce seul écart suffit souvent à modifier le classement des scénarios, avant même d'évoquer les droits sociaux. Le calcul se fait société et dirigeant réunis, jamais l'un sans l'autre.

4. Anticiper l'acompte de décembre. Si votre revenu fiscal de référence approche des seuils, faites l'estimation en novembre et provisionnez la somme. Le versement de 95 % se joue sur quinze jours et vous en êtes seul calculateur : une distribution de fin d'année décidée sans cette vérification est la première source de mauvaise surprise que nous rencontrons.

5. Faire remonter les dividendes via une holding. Sous conditions de détention, le régime mère-fille permet de remonter les dividendes d'une filiale vers sa société mère en n'imposant qu'une quote-part de frais et charges de 5 %. Le dividende n'est alors pas appréhendé personnellement : ni PFU à 31,4 %, ni effet sur le revenu fiscal de référence. La contrepartie est réelle — les fonds restent dans la holding pour être réinvestis, et des conditions de détention doivent être respectées. L'EEF consacre un article dédié à ce sujet.

Aucun de ces leviers ne produit de résultat garanti : ils se combinent selon votre situation et celle de votre société.

Questions fréquentes

Les intérêts de mon compte courant d'associé subissent-ils aussi les 31,4 % ?

Oui. Les intérêts de compte courant d'associé figurent parmi les revenus soumis au prélèvement forfaitaire unique : ils supportent donc 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Rémunérer son compte courant plutôt que de se verser un dividende ne permet pas d'échapper à la hausse. La différence se situe ailleurs : les intérêts servis constituent, dans les limites réglementaires, une charge de la société, alors que le dividende n'est pas déductible.

L'option pour le barème progressif peut-elle ne viser que mes dividendes ?

Non, et c'est le principal piège de cette option. Elle est globale : exercée au titre d'une année, elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers du foyer fiscal. Vous ne pouvez pas soumettre vos dividendes au barème en conservant le PFU sur vos intérêts ou sur une plus-value de cession. D'où la difficulté pour un foyer aux revenus hétérogènes : un gain de 620 € sur des dividendes à TMI 11 % peut être effacé par le traitement d'une plus-value réalisée la même année.

Mon assurance-vie et mes revenus fonciers sont-ils touchés par la hausse de CSG ?

Non. La hausse de 17,2 % à 18,6 % vise les revenus du patrimoine et de placement entrant dans le champ du PFU : dividendes, intérêts, plus-values de cession de valeurs mobilières et produits de placement. Restent à 17,2 % de prélèvements sociaux les revenus fonciers, les plus-values immobilières, l'assurance-vie, le PEL et le CEL. Vous pouvez donc voir apparaître deux taux différents sur une même déclaration sans qu'il s'agisse d'une anomalie. Cet écart de 1,4 point modifie, à la marge, la comparaison entre placements financiers et placements immobiliers.

Comment savoir si je devrai verser un acompte de CDHR en décembre ?

Le déclencheur est votre revenu fiscal de référence de l'année en cours : 250 000 € pour une personne seule, 500 000 € pour un couple marié ou pacsé. Si vos distributions et vos plus-values vous en approchent, faites l'estimation en novembre au plus tard : l'acompte de 95 % est exigible entre le 1er et le 15 décembre et c'est vous qui le calculez, aucun avis ne vous étant adressé. Une distribution de fin d'année peut à elle seule faire franchir le seuil. Le détail du calcul relevant des textes d'application, faites-le vérifier.

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