Tous les articles  ·  24 août 2026

Pacte Dutreil 2026 : engagement porté à 6 ans et actifs exclus, ce qu'il faut refaire

Pacte Dutreil 2026 : engagement porté à 6 ans et actifs exclus, ce qu'il faut refaire

Beaucoup de dirigeants ont lu la loi de finances 2026 en diagonale et en ont conclu que le pacte Dutreil avait vécu. C'est inexact : l'exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit est intacte. Ce qui change, c'est la durée et le périmètre. L'engagement individuel passe de 4 à 6 ans, portant la durée totale à 8 ans, et les actifs non affectés à l'exploitation sortent de l'assiette exonérée. Deux ajustements qui suffisent à rendre inefficace une transmission préparée sous l'ancien régime. Voici ce qu'il faut vérifier, recalculer et refaire.

Chiffres clés

75 %
Exonération maintenue
6 ans
Engagement individuel
8 ans
Durée totale

Le Dutreil en 2026 : l'exonération de 75 % est maintenue

Commençons par ce qui n'a pas changé, car c'est l'essentiel. Le taux de l'exonération reste fixé à 75 %. Les titres transmis dans le cadre d'un engagement Dutreil échappent aux droits de mutation à titre gratuit à hauteur des trois quarts de leur valeur, en donation comme en succession. Ni rabotage du taux, ni plafonnement en valeur.

Le champ des activités éligibles est maintenu : industrielle, commerciale, artisanale, agricole et libérale. Les holdings animatrices de groupe restent assimilées à une activité commerciale, donc éligibles, sous une condition que nous détaillons plus loin.

Ce que le législateur a modifié, ce n'est pas le principe du régime mais son périmètre. La logique tient en un mot : recentrer l'avantage fiscal sur l'outil professionnel, et le refuser à ce qui relève du patrimoine privé logé dans une structure professionnelle. Deux leviers ont été actionnés.

Le premier levier est la durée. L'engagement individuel de conservation passe de 4 à 6 ans, ce qui porte à 8 ans la durée totale minimale une fois ajouté l'engagement collectif de 2 ans.

Le second levier est l'assiette. Les actifs non affectés à l'activité opérationnelle sortent de la base exonérée : ils sont valorisés séparément et taxés au barème progressif des droits de mutation.

La conséquence pratique tient en une phrase. Un pacte préparé sous l'ancien régime reste valable dans son principe, mais son résultat chiffré peut avoir changé du tout au tout : le taux est intact, l'assiette a rétréci, la durée s'est allongée.

Engagement individuel de 4 à 6 ans : huit ans au total

Le régime repose sur deux engagements successifs : un engagement collectif de conservation souscrit avant la transmission, puis un engagement individuel pris par chaque bénéficiaire à l'expiration du premier. C'est le second qui a été allongé.

EngagementAvant la LF 2026Depuis la LF 2026
Engagement collectif de conservation2 ans2 ans (inchangé)
Engagement individuel de conservation4 ans6 ans
Durée totale minimale de conservation6 ans8 ans
Échéance de production des attestationsCalée sur 6 ansDeux ans plus tard, calée sur 8 ans

Lecture du tableau : l'engagement collectif de 2 ans n'a pas bougé. Toute la rallonge porte sur l'engagement individuel. La durée totale minimale passe de 6 à 8 ans, soit un tiers de temps supplémentaire pendant lequel les titres restent immobilisés.

Ce n'est pas une formalité de calendrier. Sur huit ans, l'événement qui perturbe le montage n'a rien de théorique : besoin de liquidité d'un bénéficiaire, mésentente familiale, séparation, opportunité de cession, décès d'un signataire. Une rupture avant terme remet en cause l'exonération.

Pour un dirigeant proche de la retraite, huit ans peuvent dépasser l'horizon de vie active envisagé : c'est cette échéance qui doit commander la date de transmission.

Les actifs désormais exclus de l'assiette exonérée

C'est le changement le plus lourd de conséquences. La loi de finances 2026 exclut de l'assiette exonérée les actifs non affectés à l'activité opérationnelle. La liste des biens visés est précise :

Une exception existe, et elle se prépare à l'avance. Échappent à l'exclusion les biens affectés de manière exclusive à l'exploitation professionnelle depuis au moins 3 ans avant la transmission. Le mot « exclusive » a son poids : un usage mixte ne suffit pas. Et le délai de trois ans interdit toute régularisation tardive.

Le changement de logique compte autant que la liste. Auparavant, la présence d'actifs non professionnels au bilan faisait planer un risque global : selon leur importance, elle pouvait faire tomber tout ou partie du régime. C'était un raisonnement en tout ou rien, source de contentieux.

Désormais, le traitement est proportionnel : on isole les biens visés, on les valorise séparément et on les taxe au barème progressif des droits de mutation, sans abattement. Le reste de la valeur conserve l'exonération partielle de 75 %.

Ce basculement est une bonne nouvelle juridique et une mauvaise nouvelle arithmétique. Bonne, parce que le risque de tout perdre pour quelques actifs mal placés disparaît. Mauvaise, parce que le coût devient mécanique : plus la société abrite de patrimoine privé, plus l'addition est lourde.

Seuls les actifs affectés à l'exploitation entrent désormais dans l'assiette exonérée du pacte Dutreil.
Seuls les actifs affectés à l'exploitation entrent désormais dans l'assiette exonérée du pacte Dutreil.

Holding animatrice : la condition qui devient critique

Les holdings animatrices de groupe restent éligibles. La loi maintient leur assimilation à une activité commerciale : la crainte d'une exclusion pure et simple ne s'est pas concrétisée.

Le durcissement est ailleurs : l'activité éligible doit être exercée de façon continue pendant toute la durée des engagements. Avec le passage à huit ans, l'exigence change de nature. Il ne suffit plus de démontrer l'animation au jour de la transmission : il faut la maintenir et pouvoir la documenter pendant huit années consécutives.

C'est la différence entre une photographie et un film. Une holding qui anime son groupe le jour de la donation, puis glisse vers un rôle de simple détentrice de titres, fragilise l'exonération sur toute la période.

L'EEF a publié un article dédié à ce sujet, « Holding animatrice vs passive », qui détaille les critères de distinction : sa lecture est un préalable utile avant de s'engager sur huit ans.

Un signal complémentaire mérite d'être relevé. La taxe de 20 % sur les holdings patrimoniales, article 235 ter C du CGI, frappe un profil de sociétés voisin : actifs d'au moins 5 millions d'euros, détention d'au moins 50 % des droits de vote ou financiers par une personne physique et son groupe familial, revenus passifs supérieurs à 50 % des produits. Trois conditions cumulatives, applicables aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026.

Les deux dispositifs poussent dans le même sens : sortir le patrimoine privé des structures professionnelles. Ce n'est plus une préférence de gestion, c'est une contrainte fiscale.

Votre pacte Dutreil tient-il encore la route en 2026 ?

Faire auditer ma transmission

Cas chiffré : transmission d'une PME valorisée 3 M€

Prenons une PME valorisée 3 000 000 €, transmise par donation à un enfant unique dans le cadre d'un pacte régulièrement souscrit. Précision de méthode : nous raisonnons en assiette taxable, non en droits dus. L'abattement personnel en ligne directe et le barème des droits de donation s'appliquent ensuite ; leur chiffrage relève du notaire.

Scénario A, la société est « propre ». Tout l'actif est affecté à l'exploitation : la totalité des 3 000 000 € entre dans l'assiette éligible. L'exonération partielle de 75 % représente 3 000 000 × 75 % = 2 250 000 €. Assiette taxable : 3 000 000 − 2 250 000 = 750 000 €.

Scénario B, la société loge 400 000 € d'actifs non professionnels, par exemple un logement mis à disposition et des véhicules de loisir. Le calcul se dédouble.

L'écart entre les deux scénarios s'établit à 1 050 000 − 750 000 = 300 000 €. Ce n'est pas un hasard : il correspond à l'abattement perdu sur les biens exclus, soit 400 000 × 75 % = 300 000 €.

Règle de lecture : chaque euro d'actif non professionnel logé dans la société ajoute 0,75 € d'assiette taxable. Reste à convertir ces assiettes en droits dus, ce qui suppose un chiffrage notarial.

Cas concret EEF

Thierry, 59 ans, dirige une SAS de négoce de matériel agricole valorisée 2 800 000 €. Il préparait la donation de ses titres à ses deux enfants sur la base d'un pacte monté en 2023. Le diagnostic EEF a fait apparaître deux postes problématiques à l'actif : un logement à usage d'habitation personnelle mis à sa disposition, évalué 320 000 €, et deux véhicules de loisir pour 45 000 €, soit 365 000 € désormais exclus. Assiette recalculée : part éligible 2 800 000 − 365 000 = 2 435 000 €, abattement de 75 % soit 1 826 250 €, fraction taxable 608 750 €, plus 365 000 € taxés au barème, soit 973 750 € au total, contre 700 000 € pour une société entièrement professionnelle. Écart : 273 750 € d'assiette. Réorganisation envisagée avec son conseil : sortir le logement et les véhicules de la société bien avant la transmission. Un tel schéma se valide avec le notaire et l'avocat fiscaliste, ses effets dépendant de la situation personnelle.

Pactes en cours : ce qu'il faut réexaminer

C'est la question de tous les dirigeants déjà engagés : mon pacte est-il rattrapé par la nouvelle loi ? La réponse demande de la nuance, car la loi ne comporte pas de disposition transitoire explicite.

Deux lignes de lecture se dégagent. L'exclusion d'actifs s'applique aux transmissions postérieures à l'entrée en vigueur : une donation réalisée aujourd'hui sur la base d'un engagement collectif ancien supporte la nouvelle assiette. En revanche, l'allongement de l'engagement individuel ne rétroagit a priori pas sur les transmissions antérieures encore sous engagement.

Ces formulations prudentes sont volontaires : la doctrine n'est pas fixée et l'analyse pourra évoluer, sous réserve des commentaires administratifs à paraître. Aucun calendrier ne devrait reposer sur la seule lecture littérale du texte.

Cinq réflexes, dans cet ordre :

Un pacte préparé sous l'ancien régime n'est pas nul : il est calibré sur des paramètres qui n'existent plus. Le réexaminer coûte quelques heures de conseil ; le découvrir le jour de la signature coûte une assiette.

Questions fréquentes

L'exonération Dutreil de 75 % a-t-elle été réduite en 2026 ?

Non. Le taux de 75 % d'exonération des droits de mutation à titre gratuit est maintenu, en donation comme en succession, et le champ des activités éligibles reste inchangé : industrielle, commerciale, artisanale, agricole et libérale. Ce qui a bougé, c'est la durée des engagements, l'individuel passant de 4 à 6 ans pour un total de 8 ans, et l'assiette : les actifs non affectés à l'exploitation en sont désormais exclus. Le taux est intact, mais la base peut être plus étroite.

Mon pacte signé avant 2026 bascule-t-il automatiquement à 6 ans ?

La loi ne comporte pas de disposition transitoire explicite. L'allongement de l'engagement individuel ne rétroagit a priori pas sur les transmissions antérieures encore sous engagement : une donation déjà réalisée conserverait les durées en vigueur à sa date. La prudence reste de mise, la doctrine n'étant pas fixée et des commentaires administratifs restant attendus. En revanche, si la transmission n'a pas encore eu lieu, elle relèvera du nouveau régime, pour la durée comme pour l'assiette.

Un logement détenu par ma société et occupé à titre privé est-il exclu ?

Oui. Les logements à usage d'habitation personnelle figurent expressément parmi les biens exclus, aux côtés des véhicules de loisir, yachts et bateaux de plaisance, aéronefs non commerciaux, biens de chasse et de pêche, bijoux et métaux précieux, chevaux de course ou de concours, vins et alcools. Ce bien n'est plus exonéré à 75 % : il est valorisé séparément et taxé au barème progressif des droits de mutation. Seule échappatoire, une affectation exclusive à l'exploitation depuis au moins trois ans avant la transmission.

Une holding animatrice est-elle encore éligible au pacte Dutreil ?

Oui, les holdings animatrices de groupe restent assimilées à une activité commerciale et demeurent éligibles. La difficulté est ailleurs : l'activité éligible doit être exercée de façon continue pendant toute la durée des engagements, soit huit ans désormais. L'animation doit donc être documentée dans la durée, et pas seulement établie au jour de la transmission. Notez que la taxe de 20 % de l'article 235 ter C du CGI vise un profil voisin, à partir de 5 millions d'euros d'actifs, pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2026.

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