Tous les articles  ·  12 juin 2026

Régime mère-fille article 145 CGI : 95 % des dividendes exonérés (conditions 2026)

Régime mère-fille article 145 CGI : 95 % des dividendes exonérés (conditions 2026)

Le régime mère-fille de l'article 145 du CGI permet à une holding de remonter jusqu'à 95 % de dividendes en exonération d'IS. Sur 100 000 € de dividendes versés par votre filiale, l'imposition tombe à 1 250 € au lieu de 25 000 €. Cette mécanique, parfaitement légale et stable depuis 1965, reste largement sous-utilisée par les dirigeants TPE/PME. Voici les conditions exactes à respecter en 2026 pour bénéficier de cette exonération massive et l'articuler avec d'autres dispositifs d'optimisation.

Chiffres clés

95%
Dividendes exonérés
5%
Détention min
2 ans
Engagement

Le mécanisme et la quote-part de 5 % de frais

Le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) permet à une société mère soumise à l'IS de bénéficier d'une exonération sur les dividendes reçus de ses filiales. La société mère réintègre une simple quote-part de frais et charges fixée à 5 % du dividende brut. Concrètement, sur 100 000 € de dividendes reçus, seuls 5 000 € sont réintégrés au résultat fiscal de la mère et imposés à l'IS.

Au taux d'IS 2026 (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà), l'imposition effective sur les dividendes remontés s'établit à 750 € (taux réduit) ou 1 250 € (taux normal). Comparaison avec le régime de droit commun qui imposerait 100 000 € à 25 % = 25 000 €. L'économie est massive et structurelle.

Cette exonération à 95 % vise à éviter la double imposition économique : les bénéfices de la filiale ont déjà été imposés à l'IS au moment de leur réalisation, il serait inéquitable de les imposer à nouveau en intégralité quand ils remontent à la mère. La réintégration de 5 % couvre forfaitairement les frais de gestion de la participation, sans qu'il soit besoin de les justifier.

Conditions de détention : 5 %, 2 ans, IS

L'application du régime mère-fille suppose le respect cumulatif de trois conditions strictes (article 145 CGI).

Condition 1 - Seuil de détention : la société mère doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale, en pleine propriété ou en nue-propriété. Pour les participations en pleine propriété, la quote-part de 5 % s'apprécie en valeur nominale et en droits de vote. La détention indirecte via des holdings intermédiaires n'est pas prise en compte sauf cas particuliers (intégration fiscale).

Condition 2 - Durée de détention : engagement de conservation des titres pendant au moins 2 ans à compter de leur acquisition (ou souscription). Si vous cédez les titres avant 2 ans, vous perdez rétroactivement le bénéfice du régime — l'exonération obtenue est réintégrée au résultat de l'exercice de cession avec intérêts de retard.

Condition 3 - Soumission à l'IS : la société mère et la société filiale doivent toutes deux être assujetties à l'IS au taux normal. Une SCI à l'IR ou une société exonérée d'IS (OPCI, SIIC) n'est pas éligible. Pour les filiales étrangères, des conventions fiscales internationales encadrent l'application du régime.

ConditionExigenceRisque non-respect
Détention mère≥ 5 % capital + droits de voteRégime non applicable
Durée≥ 2 ansReprise rétroactive
IS mère et fillePlein régime ISRégime exclu
Option formelleMention liasse fiscale 2058-ABénéfice perdu

Articulation avec management fees pour empiler les économies

Le régime mère-fille se combine parfaitement avec d'autres mécanismes d'optimisation pour démultiplier les économies fiscales globales.

Management fees + mère-fille : la holding facture des prestations de services à la filiale (déductibles côté filiale). En parallèle, elle reçoit des dividendes de la filiale en exonération à 95 %. La filiale réduit donc son IS via les management fees, et la holding récupère le surplus en quasi-exonération. Double levier d'optimisation.

Mère-fille + intégration fiscale : pour les groupes consolidés détenus à 95 % minimum, l'option pour l'intégration fiscale supprime totalement la quote-part de 5 % entre sociétés du groupe. Les flux de dividendes deviennent neutres fiscalement. Outil réservé aux groupes plus structurés (CA combiné > 5 M€).

Mère-fille + report d'imposition : dans le cadre d'une cession via apport-cession 150-0 B ter, la holding perçoit le produit de cession et peut le redistribuer ultérieurement sous le régime mère-fille. Ce mécanisme fluidifie la trésorerie post-cession sans frottement fiscal.

L'effet cumulatif de ces dispositifs sur un groupe TPE/PME peut atteindre 30 à 50 % d'économie sur la charge fiscale globale. C'est ce qui explique pourquoi les structures patrimoniales des dirigeants français incluent quasiment toujours une holding dès que le résultat dépasse 200-300 k€.

Avec une détention de 5% pendant 2 ans, 95% des dividendes remontés à la holding sont exonérés.
Avec une détention de 5% pendant 2 ans, 95% des dividendes remontés à la holding sont exonérés.

Calcul d'économie sur 100 k€ de dividendes remontés

Détaillons l'économie réelle sur un exemple type d'une holding bénéficiant du régime mère-fille.

Sans régime mère-fille : la holding reçoit 100 000 € de dividendes de sa filiale. L'IS de la holding s'applique à 25 % (au-delà de 42 500 €). Imposition : 25 000 €. Net en holding : 75 000 €.

Avec régime mère-fille : seuls 5 000 € (quote-part) sont réintégrés au résultat de la holding. Imposition à 25 % : 1 250 €. Net en holding : 98 750 €. Économie immédiate : 23 750 €.

Si la holding redistribue ensuite à l'associé personne physique, le PFU de 30 % s'applique aux 98 750 € : 29 625 €. Net en poche final : 69 125 €. Sans régime mère-fille : 75 000 € imposés à 30 % = 52 500 €. Différentiel net : 16 625 € sur 100 000 € distribués.

Si la holding conserve les sommes pour les réinvestir (achat d'autres participations, financement de projets), l'écart net dépasse 23 750 € puisque la base de réinvestissement est supérieure. Sur 5 ans avec un rendement de 6 %, le surplus capitalisé dépasse 30 000 €.

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Documentation à produire à l'AG

L'application du régime mère-fille suppose des formalités spécifiques que beaucoup de dirigeants négligent, exposant leur groupe à des redressements évitables.

Formalisme à l'AG de la filiale : la décision de distribution de dividendes doit être formalisée par un PV d'assemblée générale ordinaire. Mention du montant, de la date de mise en paiement, du bénéficiaire (la mère). Vérification du respect des règles de distribution (bénéfice distribuable, réserves disponibles, pas d'atteinte aux capitaux propres en deçà du capital social).

Formalisme à l'AG de la mère : la mère doit également formaliser la perception du dividende dans son PV d'AG annuel. Indication explicite de l'option pour le régime mère-fille en mention dans l'annexe des comptes. Conservation des documents de référence (statuts filiale, registre des mouvements de titres, attestations de détention).

Liasse fiscale : option exercée sur l'imprimé 2058-A (intégration des produits dans le résultat fiscal) ligne dédiée à la quote-part. Le défaut d'option formelle empêche le bénéfice rétroactif. Vérifier que l'expert-comptable mentionne explicitement le choix dans la liasse.

Cas concret EEF

Frédéric, dirigeant d'un groupe de 4 filiales dans la maintenance industrielle (CA cumulé 6,2 M€), avait constitué sa holding en 2019. Lors de notre audit en juin 2026, nous avons identifié que sur 320 000 € de dividendes remontés annuellement des filiales, le régime mère-fille n'était appliqué que sur 2 des 4 filiales par défaut de mention sur la liasse fiscale. Reprise des liasses 2023 et 2024 dans le délai de réclamation, complétée par une formalisation des PV d'AG pour les 2 filiales concernées. Économie d'IS rétroactive obtenue : 47 200 €. Économie récurrente annuelle : 23 600 €. Sur 10 ans à conditions équivalentes : 236 000 € sécurisés. Mise en place parallèle d'une procédure de revue annuelle des options fiscales.

Pièges : changement de statut, holding étrangère

Plusieurs situations particulières peuvent faire perdre le bénéfice du régime mère-fille. Les anticiper évite des redressements.

Changement de statut de la filiale : si la filiale passe du régime IS au régime IR (option transformation, dissolution sans liquidation), le régime mère-fille ne s'applique plus. Les dividendes futurs deviennent imposables à 100 %. Avant tout changement structurel, simuler l'impact mère-fille.

Holding étrangère : si la holding est domiciliée hors France (Luxembourg, Belgique, Pays-Bas), le régime mère-fille s'applique sous conditions de la directive européenne 2011/96/UE. Les conditions sont similaires (5 % capital, 2 ans). Mais des conventions fiscales bilatérales peuvent moduler le régime. Sortir une participation française vers une holding étrangère expose à des problématiques d'exit tax.

Cession des titres avant 2 ans : si la mère cède sa participation avant 2 ans, l'exonération obtenue les exercices précédents est réintégrée au résultat de l'exercice de cession avec intérêts de retard. Penser à la stratégie long terme avant toute cession précipitée.

Distribution de réserves antérieures : les réserves constituées avant l'acquisition par la mère peuvent être imposées différemment. Vigilance sur la qualification fiscale des sommes distribuées (dividende ordinaire vs distribution de réserves anciennes vs remboursement de capital).

Acomptes sur dividendes : les acomptes versés en cours d'exercice bénéficient du régime mère-fille à condition d'être correctement formalisés. Délai de validation lors de l'AG annuelle de clôture. Exposition au risque de requalification si l'acompte n'est pas régularisé.

Questions fréquentes

Le régime mère-fille s'applique-t-il à une SAS détenant 100 % d'une SARL ?

Oui, parfaitement. La forme juridique des deux sociétés n'a pas d'importance, seule compte leur soumission à l'IS. Une SAS, SASU, SARL ou EURL à l'IS peut bénéficier du régime mère-fille, qu'il s'agisse de la mère ou de la filiale. La détention à 100 % renforce même le dossier en cas de contrôle. C'est le schéma le plus courant chez les dirigeants TPE/PME français.

Faut-il une convention spécifique avec la filiale ?

Non, aucune convention n'est requise spécifiquement pour le régime mère-fille. Le bénéfice résulte du simple fait de détenir au moins 5 % du capital de la filiale pendant 2 ans. La distribution de dividendes nécessite simplement les formalités d'AG ordinaires (PV, mention dans les comptes annuels). Attention à ne pas confondre avec la convention de management fees, qui est un autre dispositif distinct.

Puis-je remonter tous les bénéfices chaque année ?

Oui, à condition que les bénéfices soient effectivement distribuables (existence d'un résultat distribuable et de réserves suffisantes après affectation à la réserve légale obligatoire de 10 %). Vous pouvez voter une distribution intégrale du résultat distribuable chaque année. Stratégie classique : laisser quelques mois de trésorerie de fonctionnement à la filiale et remonter le surplus à la mère pour réinvestissement ou distribution ultérieure.

Que se passe-t-il en cas de filiale en perte ?

Sans bénéfice distribuable, aucune distribution n'est possible — sauf à puiser dans des réserves antérieurement constituées. Le régime mère-fille ne crée pas de droit à dividende, il exonère seulement les sommes effectivement distribuées. Si la filiale est durablement déficitaire, vous pouvez envisager d'autres mécanismes (avances en compte courant remboursables, abandon de créances, recapitalisation) avec des effets fiscaux différents.

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