Le statut de gérant majoritaire d'EURL ou SARL permet d'économiser jusqu'à 40 % sur les cotisations sociales par rapport à un président de SASU. Sur une rémunération de 60 000 €, l'écart atteint plus de 11 000 € de charges en moins. Mais cette économie a un prix : couverture sociale réduite, complexité administrative et arbitrages permanents. Le mode d'emploi 2026 pour savoir si le TNS est vraiment fait pour vous.
Chiffres clés
Différence assimilé salarié / TNS : qui est éligible
Le statut TNS (Travailleur Non Salarié) concerne les dirigeants exerçant une activité indépendante sans lien de subordination juridique. En France, sont automatiquement TNS :
- Le gérant majoritaire d'une SARL (détention >50 % du capital, seul ou avec son conjoint et enfants mineurs)
- L'associé unique gérant d'une EURL
- L'associé unique d'une EIRL
- L'entrepreneur individuel (auto-entrepreneur ou réel)
- Le gérant non associé rémunéré (selon convention collective)
- Les professions libérales en nom propre (BNC)
À l'inverse, sont assimilés salariés :
- Le président de SASU ou SAS
- Le directeur général de SAS
- Le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL
- Le gérant non associé non rémunéré
Le statut découle automatiquement de la forme juridique et de la détention. Vous ne pouvez pas choisir d'être TNS dans une SAS, ni assimilé salarié dans une EURL — sauf à modifier la structure capitalistique. Cette rigidité structurelle est un des éléments à intégrer dans le choix initial de la forme sociale.
Tableau cotisations 2026 (taux exacts SSI)
Les cotisations TNS sont prélevées par l'URSSAF (ex-RSI / SSI) sur la base de la rémunération nette et selon des taux réglementés. Pour 2026, les taux applicables (sous réserve de confirmation par décret) :
| Cotisation | Taux 2026 | Assiette |
|---|---|---|
| Maladie-maternité | 0 % à 7,2 % | Progressif jusqu'à 5 PASS |
| Indemnités journalières | 0,30 % | Plafonnée à 5 PASS |
| Allocations familiales | 0 % à 3,10 % | Selon revenu |
| Retraite de base | 17,75 % | Plafonnée à 1 PASS |
| Retraite de base déplafonnée | 0,60 % | Totalité |
| Retraite complémentaire | 7 % puis 8 % | Tranche 1 puis 2 |
| Invalidité-décès | 1,30 % | Plafonnée à 1 PASS |
| CSG/CRDS | 9,70 % | Revenu + cotisations |
Au total, le taux de cotisations TNS oscille entre 38 % et 46 % du revenu net selon le niveau de rémunération, contre 75-82 % en assimilé salarié. La différence est massive et explique la popularité du statut chez les dirigeants à fort revenu.
Couverture sociale : maladie, retraite, prévoyance
La contrepartie de cotisations plus faibles est une couverture sociale réduite, qu'il faut compléter par des dispositifs facultatifs.
Maladie : depuis 2018, les TNS sont rattachés au régime général de la Sécurité sociale pour les remboursements de soins. Pas de différence fonctionnelle avec un salarié pour les frais médicaux. En revanche, les indemnités journalières en cas d'arrêt maladie sont plafonnées et calculées sur le revenu professionnel moyen — souvent inférieures à celles d'un salarié.
Retraite : le système TNS donne moins de droits que celui des assimilés salariés, à cotisation égale. Le calcul prend en compte le revenu cotisé sur les 25 meilleures années (régime de base) et un système de points (régime complémentaire). Pour 1 € de cotisation, un TNS valide environ 80 % des droits d'un salarié cadre.
Prévoyance : couverture invalidité-décès limitée à environ 50 % du revenu en cas d'invalidité totale. Recommandation EEF systématique : souscrire une prévoyance Madelin pour couvrir les risques (incapacité, invalidité, décès). Coût annuel : 1 500 à 5 000 € selon profil et niveau de couverture.
Chômage : pas de couverture chômage automatique. Adhésion volontaire possible auprès de la GSC (Garantie Sociale du Chef d'entreprise) pour 1 500 à 4 000 €/an. Couverture jusqu'à 70 % du revenu pendant 12 à 18 mois en cas de cessation d'activité.

PER Madelin : l'arme TNS
Le grand avantage compensatoire du statut TNS réside dans le plafond de déduction du PER Madelin, considérablement plus élevé qu'en régime général. Ce plafond, intégré au PER depuis 2019, permet de défiscaliser jusqu'à 87 135 € en 2026 pour les revenus les plus élevés.
Formule du plafond TNS : 10 % du bénéfice professionnel (plafonné à 8 PASS) + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Pour un TNS à 100 000 € de bénéfice : 10 % × 100 000 € + 15 % × (100 000 - 47 100) = 10 000 + 7 935 = 17 935 €. Pour un TNS à 250 000 € : 10 % × 250 000 € + 15 % × (250 000 - 47 100) = 25 000 + 30 435 = 55 435 €.
Cette enveloppe de défiscalisation est cumulable avec les plafonds non utilisés des 3 années précédentes (report). Un TNS qui n'a jamais cotisé peut donc défiscaliser jusqu'à 4 années de plafond cumulées sur une seule année — soit potentiellement 200-300 k€ de versement déductible pour les hauts revenus.
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Comparons les deux statuts pour une rémunération nette annuelle équivalente de 60 000 €.
| Élément | TNS (EURL) | Assimilé salarié (SASU) |
|---|---|---|
| Rémunération nette | 60 000 € | 60 000 € |
| Cotisations sociales | 26 400 € (44 %) | 48 000 € (80 %) |
| Coût total société | 86 400 € | 108 000 € |
| Économie TNS / an | 21 600 € | - |
| Plafond PER 2026 | 7 935 € | 6 000 € |
| Prévoyance complémentaire | 2 500 €/an recommandée | Incluse |
| Net après prévoyance | 19 100 € | - |
Économie nette TNS sur le poste rémunération : environ 19 100 € par an, soit 32 % du revenu net. Sur 10 ans à conditions équivalentes, le surplus cumulé dépasse 190 000 €. Cet écart finance largement la prévoyance Madelin et reste avantageux net.
Cas concret EEF
Mathieu, 38 ans, gérant majoritaire d'une SARL de design web à Toulouse, se rémunérait 70 000 € nets par an en 2025. Comparaison faite avec un statut SASU équivalent : économie de cotisations sociales de 23 400 €/an. Lors de notre audit en mars 2026, nous avons mis en place le triptyque EEF : (1) prévoyance Madelin couvrant 75 % du revenu en cas d'invalidité (coût 3 200 €/an, déductible) ; (2) versement PER Madelin à hauteur de 9 100 € (plafond 2026), économie d'IR à TMI 30 % de 2 730 € ; (3) GSC pour couverture chômage (2 800 €/an, déductible). Bilan : couverture équivalente à un assimilé salarié, surplus de net en poche de 14 100 €/an, soit 141 000 € sur 10 ans.
FAQ : conjoint collaborateur, ACRE, chômage
Trois questions récurrentes sur le statut TNS méritent un focus.
Conjoint collaborateur : si votre conjoint travaille effectivement dans l'entreprise sans être rémunéré, vous pouvez le déclarer conjoint collaborateur. Il bénéficie d'une couverture sociale autonome (retraite TNS, maladie). Coût : environ 12 % de cotisations sur une assiette forfaitaire de 1/3 du PASS, soit environ 1 900 €/an minimum en 2026. Avantage majeur : sécurise les droits retraite du conjoint.
ACRE : l'Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise est ouverte aux TNS sous conditions (création ou reprise d'une activité, statut de demandeur d'emploi avant la création, ou bénéficiaire de minima sociaux). Elle exonère 50 % des cotisations sociales pendant la première année. Demande à formuler dès la création.
Chômage : depuis 2019, l'ATI (Allocation des Travailleurs Indépendants) ouvre des droits aux TNS sous conditions strictes (cessation pour liquidation judiciaire, redressement, revenu antérieur >10 000 €/an pendant 2 ans). Montant : 800 € par mois pendant 6 mois maximum. Couverture insuffisante en pratique — la GSC reste indispensable pour les dirigeants prudents.
Questions fréquentes
Comment passer de TNS à assimilé salarié ?
Cela suppose de modifier la structure capitalistique. Pour un gérant majoritaire de SARL devenu minoritaire (par cession de parts à son conjoint ou à un tiers), le statut bascule automatiquement en assimilé salarié dès l'enregistrement de la modification. Autre option : transformer la SARL en SAS, ce qui rend automatiquement le dirigeant assimilé salarié. Le coût juridique est de 2 000-4 000 €.
Les dividendes TNS sont-ils soumis à cotisations ?
Oui partiellement. Pour les gérants majoritaires de SARL et associés uniques d'EURL à l'IS, la fraction des dividendes excédant 10 % du capital social et des primes d'émission est soumise aux cotisations TNS (environ 45 %). Le surplus de dividendes (sous 10 %) est uniquement soumis au PFU 30 %. Cette particularité réduit l'arbitrage en faveur des dividendes en TNS et conforte le choix du salaire optimisé.
Le TNS donne-t-il moins de droits retraite ?
À cotisation égale, oui légèrement (environ 80 % des droits d'un cadre salarié). Mais le TNS cotise moins, donc paye moins. Sur la durée totale de carrière, le revenu cumulé est généralement supérieur en TNS, ce qui compense largement les droits retraite plus faibles si vous épargnez le différentiel sur un PER. C'est l'arbitrage central : préférer la liberté d'épargne plutôt que la cotisation forcée.
Quels frais pro déductibles en TNS ?
Les frais professionnels sont directement déduits du résultat de la société (déduction au compte de résultat). Cela inclut indemnités kilométriques, repas en déplacement, formation, équipements, abonnements professionnels. Le TNS bénéficie aussi de la déductibilité Madelin pour PER, prévoyance, mutuelle, perte d'emploi (GSC). Conservez tous les justificatifs 6 ans en cas de contrôle.
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